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A ma grand-mère
C'est juste la perte insurmontable d'un être humain qui nous est cher,
C'est juste la peine insurmontable qui s'écoule de toutes nos paupières,
C'est juste la perte insurmontable de quelqu'un qu'on croyait immortel,
C'est juste la peine insurmontable qu'on sait amère et éternelle,
A ma grand-mère, à la femme qui s'est plié sous les injures et les coups,
Tu sais je suis fier, ces mots d'amour sont ceux de mon âme à genoux,
Je voudrai bien vieillir, pas maintenant, et voir pourrir mon apparence,
Voir mon amour faner aussi, qu'importe, nous fanerons ensemble,
Je voudrai bien vieillir lorsque mes mains trembleront tout juste, tu sais,
Que nos corps seront la poussière, et que nos âmes seront nues, tu sais,
La mort peut être aussi belle, cette mort que tu n'auras pas connu, tu sais,
Comme cette triste vie qui s'achève, je t'aime, tu reviendras plus, je sais...
Je te vois faner près du feu, mon bateau perd une de ses voiles,
Je naviguerai dans les cieux, pour m'échouer sur ton étoile...
C'est juste l'attente infernale d'un diagnostic qui sera fatal,
C'est juste l'attente infernale d'une guérison qui ne viendra pas,
C'est juste l'attente infernale des yeux qui ne s'ouvrent presque plus,
C'est juste l'attente interminable d'une vie qui ne sera plus qu'un vécu,
A ma grand-mère, à la femme dont le sacrifice a sacré quatre enfants,
Je suis tellement fier, ces mots brisés sortent de mon c½ur qui pleure vraiment,
Je voudrai bien vieillir dans cinquante ans, si cela se fait sans la souffrance,
Celle que le cancer t'a fait connaître, celle qui t'a fait quitter la danse,
Je voudrai bien vieillir lorsque mes yeux ne s'ouvriront plus, et je sais,
Que je te retrouverai dans la terre, toi et tes bras que j'ai perdus, tu sais,
Je pleure souvent de colère pour la vie que tu n'as jamais eue, tu sais,
J'aurai brisé tes chaînes en faisant de ma vie ce que j'ai voulu, tu sais...
Je te vois faner près du feu, le ciel perd une des ses étoiles,
Je naviguerai dans les cieux, pour accoster tout près de toi...
C'est juste le blanc insupportable d'une vieille chambre d'hôpital,
C'est juste le blanc insupportable de nos visages mouillés de larmes,
C'est juste le blanc insupportable des draps qu'on a posé sur toi,
C'est juste le blanc irréprochable des ailes qui t'emmènent tout là-bas...
A ma grand-mère, à la femme dont la famille l'a emporté sur le bonheur,
Je resterai fier, ces simples mots fragiles sont entièrement à son honneur,
Je voudrai bien vieillir dans bien longtemps, prendre tes rides et ton sourire,
J'apprendrai peut-être à mourir, peut-être, j'ai bien appris à te survivre,
Je voudrai bien vieillir lorsque mes jambes ne tiendront plus, et je sais,
Que le sourire que j'donnerai à mes gosses sera la preuve que t'as vécu, tu sais,
Il n'y a pas de plus belle tradition que ton sourire qui se perpétue, tu sais,
On aura baisé la mort en faisant l'amour tant qu'on a pu, tu sais...
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Crédits :
Texte par lonely-valentine



