J'ai vu un grand oiseau sur le toit de notre école, perché, comme attendant la nuit,
Comme si le jour n'avait plus d'intérêt, comme si les étoiles brûlaient d'envie,
De s'écraser dans nos fenêtres, pour laisser entrer des anges déchus, meurtris,
J'entends dans l'apocalypse des plumes, le vacarme d'un couteau qui crie,
La vie s'écoule devant mes yeux, et résonne, résonne encore dans ma tête,
« Est-ce que tu crois au bon Dieu ? », j'aimerai, j'aimerai tellement renaître,
Regardez, je vous rejoins au crépuscule, dansez sur les cendres de ma naissance,
Je quitte le monde dans un tombeau de plumes, buvez donc à ma renaissance...
Il y a un grand oiseau sur le toit de Virginia Tech, et du sang sur mes prières
Pour celui dont les larmes se mélangent avec le sang, je te salue, mon frère,
J'ai vu un grand oiseau sur le toit de notre école, abîmé, comme attendant l'orage,
Comme attendant la pluie, démente, délirante et folle, entre les cartables sans visage,
Sous un plateau de la cantine, près du sourire immobile d'une gamine inconnue,
Je me maudis mille fois d'avoir entendu son nom, et de ne jamais l'avoir retenu...
Puisque tu ne sais plus ce qui est bien, puisque tu ne sais plus ce qui est mal,
Puisque ces souffles que tu nous fauches, tu ne pourras jamais nous les rendre,
Ton canon m'apaise, puis il glisse entre tes joues, nos regards se mélangent,
Puisqu'on marche ensemble vers ce toujours, dis-moi au moins pourquoi tu trembles...
Il y a un grand oiseau sur le toit de Columbine, et du sang sur mes classeurs,
Pour celle qui marche aveuglément vers la lumière, je te salue, ma s½ur,
J'ai vu un grand oiseau sur le toit de notre école, blessé, comme attendant encore,
Que les murmures s'éteignent, que les paupières se ferment, vers une nouvelle aurore,
Sur les marches sanglantes, l'enfance s'est achevée, pour ceux que nous connaissions,
Sous les lumières brillantes, des ambulances usées, la foule se meurt à l'unisson...
« Demain, à la sortie des cours, vous serez tous épargné d'une vie sans saveur,
Dans ce voyage sans retour, à la manière de Dieu, je serai votre sauveur... »
C'était pourtant écrit, dans une lettre étrange, posté le samedi 14 avril, à quinze heures,
C'était écrit, je sais, mais pourquoi pleurerait-on les anges, juste avant qu'ils meurent...
Il y a un grand oiseau sur le toit d'Olivier de Serres, et du sang sur la lame,
Pour ceux qui meurent dans l'ignominie du monde, je te salue, mon âme...
Texte par lonely-valentine