La pomme de notre amour s'en est tombée trop loin de l'arbre,
Pour qu'on puisse encore la cueillir, et pour qu'on puisse encore y mordre,
Sans que mon ventre me fasse souffrir, et que je sente mon c½ur se tordre,
C'est dans tes bras que je suis monté, sur la plus haute branche du pommier,
Alors je voudrais m'enfouir sous son écorce, qui autrefois était l'empire,
De nos baisers laissés pour morts, sous un humus de souvenirs...
Pourtant j'aurai bien voulu t'aimer, comme la souffrance aime les martyrs,
Et dans ton ventre voulu semer, les vilaines graines de mon plaisir,
Les enfants que nous ne ferons jamais, grandissent en moi comme des douleurs,
La pomme de notre amour est tombée, et c'est tout notre jardin qui se meurt...
La pomme de notre amour s'en est tombée trop loin de l'arbre,
Pour que tu puisses encore t'en saisir, pour que tu puisses encore méprendre,
Sa douceur et sa succulence, qui faisaient jadis pleurer nos langues,
Pour des saveurs artificielles qui n'en auront jamais sa trempe,
Je pense à tous ces fruits putrides, dont les trognons jonchent notre chambre,
Tu as croqué dans l'insipide, et tu voudrais même en reprendre...
Pourtant j'voulais de ton attirance, mais si tu regardes bien sous les feuilles,
Je n'ai que la peau sur les branches, et l'abondance qui fait son deuil,
C'est le suicide de mon apparence, j'ai mes rondeurs dans un linceul,
La pomme de notre amour est tombée, et j'suis qu'une brindille qui se sent seule...
J'attends avec impatience, le jour où tu ne seras plus qu'un fruit,
Et plus une pomme d'or, du jardin des Hespérides,
La catharsis de ma souffrance, prendre une bouchée d'un souvenir,
Et en savourer l'arôme, sans jamais plus goûter l'acide...
La pomme de notre amour s'en est tombée trop loin de l'arbre,
Pour que tes crocs la déchirent, que saigne le suc, qu'il se répande,
Puisque notre avenir est un agneau que les loups ne veulent plus rendre,
C'est l'holocauste de notre amour, et c'est mon c½ur qui en est l'offrande,
Je suis la proie d'un chasseur qui n'a pas la décence de me descendre,
Mélancolie est une chair dont ton fusil pourrait s'éprendre,
Je te maudis de ne plus m'aimer, et je me maudis d'oser t'attendre,
Dans le jardin de notre passé, où les hirondelles veulent plus descendre,
Cette pomme, elle est empoisonnée, et tu es le ver qui dort dedans,
Le pomme de notre amour est tombée... et Dieu, j'y ai planté mes dents.
Texte par lonely-valentine



