Corde au cou
Quelques bouteilles de coke entassées sur les sièges, des fleurs abîmées achetées à toute allure,
Les étoiles défilent dans un délicieux cortège, comme une révérence qu'on ferait à l'usure,
Des chansons décalquées de d'autres chansons plus belles, de belles chansons d'amour,
Endormie tu fredonnes, les airs dans ton sommeil, presque évanouie, fatiguée du parcours,
Sur la banquette arrière repose ses yeux éreintés, il va faner les fleurs en les serrant si fort,
J'en rachèterai d'autres, plus belles et plus chères, je trouverai des lilas, aux senteurs de l'aurore,
Les battements de son cœur font mouvoir son bassin, et te donne la nausée, te remue l'estomac,
Mais le soir sa chaleur me nourrit comme un sein, la nuit m'a toujours fait peur, oui, souviens toi,
Quelques âmes esseulées entassées sur des bancs, et quand on regarde les parents épuisés et meurtris
On se dit que c'est pratique de ne pas avoir fait d'enfant, mais on se dit qu'on sera seul à l'heure de mourir,
Tu les regardes plein d'amour du banc où nous sommes assis, et dans un geste tendre me caresse l'épaule,
Je ris nerveusement, tu sais que c'est impossible, tu t'évanouis dans la brise, tu m'as jamais trouvé drôle,
A travers les vitres sales de la station service, je le vois hésiter, tâtonner, et retourner sur ses pas,
Pour quelques bouquets de fleurs qui ne te plairont jamais, mais pourquoi lui dire, il serait triste et tout ça,
Son sourire angélique fait sourire la caissière, tu le trouves ridicule, mais dans mes soirs de peine,
Il descend mes larmes comme un grand revolver, ma tristesse capitule, je crois bien que l'on s'aime,
Quelques bouteilles de vin entassées sur les tables, des cousins, des nièces dont on ne souvient même plus,
Des discours incessants, des éloges discutables, et bien des condoléances qu'on connaissait d'avance,
Tes chaussures te portent entre les gens qui pleurent, tu en reconnais quelques uns, tu critiques leur allure,
La cousine a grossi, et elle n'est pas même enceinte, elle s'empiffre c'est certain, elle va mourir, c'est sur,
J'avais toujours cru que le temps t'arracherait à moi, que les rides t'iraient bien, que tu resterais belle,
Que nous serions vieux ensemble, qu'on marcherait au pas, la marelle du destin, de la terre jusqu'au ciel,
Mais te voilà aux étoiles, mais sans reposer en paix, tu maudis mes amours et l'homme de mes romances,
Et pourtant Dieu sait que je t'ai tant aimé, tu me hanteras toujours, à la prochaine Maman,
Quelques mots esseulés entassés sur mes pages, pourtant tu n'es pas même morte, tu respires la santé,
Mais quelque chose en moi s'est fané avant l'âge, je crache sur une tombe qui n'est même pas creusée,
Tout ça pour un amour que tu as voulu reprendre, tout ça pour un amour que je n'ai voulu cesser,
Tout ça pour un amour que t'as pas voulu comprendre, tout ça pour l'amour, on ne devrait plus aimer,
Mais pourquoi m'as-tu fait venir dans cette chambre, ce beau soir de novembre, ça fait quelques années,
Pourquoi m'as-tu posé ces questions incessantes, « c'est ça que tu veux, c'est te faire enculer ? »,
Pourquoi m'as-tu laissé comme un phoenix en cendres, avec quelques valises posées sur le palier,
Aujourd'hui, je respire mais ne vis plus vraiment, c'est mon âme d'enfant que tu as assassiné...


