Des phares ont fendu le brouillard épais, des crissements de pneus, et des larmes séchées,
Mes paupières s'ouvrent sur un arbre penché, des étoiles d'amoureux, de l'asphalte abîmé,
Des milliards de voix se sont tues dans ma tête, c'est le calme absolu, plus rien ne me pénètre,
Comme si le bon Dieu refermait les fenêtres, d'une vie presque aperçue, qu'il gardait entrouvertes,
Mais que fait ce bonhomme aux allures de mendiant, les mains contre le c½ur comme pour se réchauffer,
Les épaules reposant contre des litres de bitume, il est des lits de fortune qui savent bien nous bercer,
Peut-être se repose t'il d'une course trop éreintante, peut-être laisse t'il sa bouche doucement s'enivrer,
Des effluves d'une rosée tout nouvellement naissante, ou des nuages crémeux de notre voie lactée,
Je me suis fait léger comme l'oiseau sur sa branche, comme la neige qui s'abîme contre des cheveux tressés,
D'une enfant qui regarde le ciel sans comprendre, que ce sont les larmes des anges qui s'écrasent à ses pieds,
Je me suis fait léger comme les bateaux qui flottent, comme celui qui s'élance dans les vagues du destin,
Qu'un enfant a créé de ses mains pas si propres, et qu'il voit bientôt sombrer dans les eaux de son bain,
J'allais m'approcher mais des mains me retinrent, c'était un autre enfant transperçant le brouillard,
Ses yeux transpiraient la chaleur et l'espoir, mais ses mains étaient fraîches comme l'herbe du matin,
J'allais m'approcher mais j'aperçus soudain, une bicyclette renversée qui flânait sur la chaussée,
Un casque rouge, un phare jaune, ils étaient tout cassé, et mon corps endormi couché sur le coté,
Ce qui s'était passé était triste et banal, la mémoire d'une voiture et d'un homme au grand c½ur,
D'une promesse de bonbons et de tours à cheval, qui finissent dans une cave fermée de l'intérieur,
Des centaines d'enfants s'extirpèrent du brouillard, et chacun traînant de leurs membres engourdis,
Une bicyclette dorée qui porte pour étendards, des ballons de baudruches sans doute un peu magiques,
Le plus grand d'entre eux s'est saisit de ma main, et nous marchâmes ensemble sous la lune éclatante,
Pour aller préparer avec un très grand soin, ma propre bicyclette qui attendait patiemment,
J'ai compris bien plus tard que nous n'étions pas la mort, mais des faiseurs de songes que le ciel a défait,
Chaque nuit nous volons jusqu'à que vienne l'aurore, et nous chantons ensemble ce refrain oublié,
C'est ici que les enfants décollent, quand les hommes leur prennent leurs rêves,
Que leurs âmes prennent leurs envols, et que le vent embrasse leurs lèvres,
Nous ne deviendrons jamais des anges, nous ne deviendrons jamais des ombres,
Mais juste des oiseaux un peu étranges, qu'on prendra juste pour des avions,
Et lorsque enfin vous vous endormez, nous atterrissons près de vos fenêtres,
Ce n'est jamais pour vous emmener, mais pour souffler des rêves à vos têtes...
Texte par lonely-valentine



